21 décembre 2018

Réforme des retraites: les trois sujets qui inquiètent



Par Aurélie Blondel,publié le 20/12/2018 à 07:00
lexpress


Durant cinq mois, les citoyens étaient invités à s'exprimer sur les changements à venir. Voici leurs principales craintes.

Des espoirs, mais aussi des inquiétudes. Le sentiment des citoyens consultés sur le big bang annoncé des retraites est partagé, selon le bilan de la consultation en ligne lancée par le haut-commissaire à la réforme, Jean-Paul Delevoye, présenté le 13 décembre. Le dispositif de consultation en ligne et d'ateliers en régions avait été lancé en mai dernier. Après cinq mois, 35 273 contributions ont été recensées. 
Percevant le dispositif actuel comme "complexe" et "illisible", les citoyens se disent globalement favorables à l'instauration d'un système universel de retraite. Mais au-delà de cette adhésion à l'idée que les règles doivent être simplifiées et harmonisées, la réforme inquiète. Si le gouvernement a d'ores et déjà présenté les grandes lignes du futur dispositif, de nombreuses questions demeurent. "Chacun mesure qu'il faut changer le système, mais l'hypothèse de l'inconnu tétanise", résume Jean-Paul Delevoye. 
1. Les pensions vont-elles baisser?

"Je suis toujours aussi inquiète, je pense que l'objectif est que les pensions coûtent moins cher." Cette appréhension partagée par Anne-Marie, une Cannoise de 64 ans, lors d'un atelier retraites en région, est loin d'être isolée. La question des futurs montants des pensions arrive en tête des préoccupations des participants, qui souhaitent éviter que l'harmonisation ne rime avec "nivellement par le bas". Si l'équipe qui prépare la réforme martèle que celle-ci n'a pas vocation à réaliser des économies, contrairement aux précédentes réformes, il semble que les citoyens consultés soient comme Saint-Thomas... 
2. Qui dit que la réforme ne sera pas remise en cause?

Autre doute souvent très formulé par les citoyens: les changements décidés ne seront-ils pas remis en cause à chaque changement de gouvernement? L'idée qu'aucune réforme ne résiste aux alternances politiques semble ancrée dans les esprits en raison, notamment, de la fréquence à laquelle les règles de la retraite ont été revues ces deux dernières décennies. 
"Si cette réforme me concernera? Non, je suis persuadée que les règles auront encore changé d'ici là, vous imaginez le nombre de présidents qu'il y aura jusqu'à ma retraite?", témoignait ainsi Mélanie, 27 ans, lors d'un atelier. Pour Jean-Philippe, un autre participant âgé lui de 47 ans, il faut absolument "une commission de contrôle" sur le long terme, "pour que ce ne soit pas celui qui crie le plus fort dans la rue qui obtient le plus", et que les gouvernements successifs ne puissent pas rapidement recréer des spécificités dans le système harmonisé, cédant aux demandes des uns ou des autres. 
Dans le cadre de la consultation menée par les équipes du haut-commissariat, 15 personnes ont été formées pendant trois semaines aux questions de retraite et conviées à remettre un "avis citoyen" sur les conditions de la confiance dans le système des retraites. Ce jury citoyen a lui aussi évoqué cette inquiétude. "La moitié du groupe propose que les principes fondamentaux [du nouveau système] soient inscrits dans la Constitution: un système par répartition, universel et solidaire", indique l'avis. 
Cette question de la pérennité de la réforme paraît préoccuper tout autant Jean-Paul Delevoye. Évoquant une "angoisse", il a indiqué que son équipe réfléchissait à la mise en place de "règles d'or" pour garantir l'équité entre les générations. 
3. Que vont devenir mes trimestres et points acquis?
Comment seront calculées les pensions de ceux qui auront acquis des droits à la retraite à la fois dans l'ancien et le nouveau système? La question ne figurait pas parmi les thématiques de la plateforme et des ateliers. Cela n'a pas empêché les citoyens d'exprimer leurs craintes tout au long du processus de consultation. "Moi je suis en milieu de carrière, la transition, c'est ce que je crains le plus", dit ainsi Lætitia, fonctionnaire hospitalier de 46 ans. 
C'est le jury citoyen qui a le plus insisté sur ce point. "Allons-nous perdre une partie des droits que nous avons acquis?", demande-t-il, estimant que "la phase de transition est cruciale pour avoir confiance dans le système et dans sa propre retraite". Comment les trimestres seront-ils convertis en points? Quelle sera la durée de la transition? Le rythme sera-t-il le même pour le public et le privé? Qui seront nos référents pendant la transition, si ce ne sont plus les caisses de retraite initiales? Autant d'interrogations qui taraudent ce jury. 
Il demande en outre à ce que chacun puisse vérifier qu'il n'y perdra pas à la conversion, par exemple via un simulateur. Le haut-commissaire a promis qu'il serait disponible une fois la loi votée, pour que chacun puisse faire ses calculs avant l'entrée en vigueur de la réforme et qu'un outil de "médiation" serait mis sur pied pour permettre à quiconque estimerait avoir été lésé de se manifester. 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire